GEO : Simple effet de mode ou enjeu majeur pour les équipes marketing ?

Depuis plusieurs mois, un mot s’invite dans presque toutes les réunions marketing : le GEO, pour Generative Engine Optimization. On nous promet un nouveau territoire à conquérir dans ChatGPT, Perplexity et les aperçus IA de Google, avec ses techniques propres et ses outils dédiés.

Mais le sujet fait débat dans le milieu du SEO. L’élément déclencheur ? Un échange viral dans le podcast The Edward Show, où le consultant David Quaid a recadré un fervent défenseur du GEO en lui demandant de prouver concrètement ses affirmations. Alors, vraie révolution ou simple coup marketing ?

Le sujet a enflammé Reddit et divisé les professionnels. Ce débat mérite qu’on s’y attarde, parce qu’il touche une question de fond que se posent aussi nos clients : le GEO est-il une discipline vraiment nouvelle, ou une évolution du référencement que nous pratiquons déjà ?

Au cœur du débat : quelles sont les sources de l’IA ?

Le principe de base est très simple : d’où l’IA tire-t-elle ses réponses ? Elle n’invente rien. Pour vous répondre, elle va simplement piocher ses informations dans les moteurs de recherche classiques comme Google ou Bing.

Résultat : pour que ChatGPT ou Google IA parlent de votre entreprise, il faut déjà que votre site soit très bien classé sur le Google classique. Être cité par l’IA est juste la preuve que votre référencement habituel fonctionne. C’est pour cela que beaucoup d’experts doutent du “GEO” : il n’y a finalement rien de vraiment nouveau.

Les outils qui mesurent votre présence dans l’IA sont encore peu fiables

Le deuxième sujet de désaccord concerne les nouveaux outils qui prétendent mesurer votre visibilité dans les IA. Plusieurs professionnels expérimentés appellent à la prudence, sans pour autant rejeter tout le secteur. Leur crainte se comprend facilement. Ces outils posent une série de questions aux IA, puis vous donnent une note de visibilité. Le problème, c’est que cette note est très instable et les KPI de mesure sur lesquels elle s’appuie peuvent varier d’un outil à l’autre.

Il suffit de changer un mot dans la question ou de changer d’IA, et le résultat bouge complètement. On se retrouve donc avec un joli chiffre présenté comme un indicateur sérieux, alors qu’on ne peut pas vraiment lui faire confiance. La bonne attitude est simple : certains outils travaillent avec sérieux mais d’autres devinent, dans tous les cas il faut lire ces chiffres avec beaucoup de recul.

SEO et GEO ne sont pas ennemis, ils se complètent

Faut-il pour autant enterrer le GEO ? Non, ce serait exagéré. Les deux mots se ressemblent et reposent sur les mêmes bases techniques, mais ils ne servent pas tout à fait au même but. Le SEO sert avant tout à attirer des visiteurs sur votre site. Le GEO, lui, travaille surtout la notoriété de votre marque, ce qui peut ensuite ramener des visiteurs. Nous voyons donc ces deux approches comme complémentaires, pas comme concurrentes. 

La seule chose vraiment utile à surveiller pour l’instant, c’est de savoir si votre marque apparaît, oui ou non, dans les réponses des IA. Et bonne nouvelle, une partie de cette information devient plus accessible : Google a annoncé le 3 juin 2026 l’arrivée de rapports dédiés aux performances de l’IA générative dans Search Console. Cette donnée reste toutefois à interpréter avec prudence, car le déploiement est progressif selon les marchés et tous les comptes n’y ont pas encore accès. Bing Webmaster Tools peut aussi donner des signaux utiles, mais Bing représente une part beaucoup plus limitée du marché mondial de la recherche, autour de 4 à 5 %. Ces données doivent donc servir d’indicateurs complémentaires, pas de vérité absolue.

Notre point de vue d’agence : privilégier ce qui marche vraiment

Plus qu’un duel SEO contre GEO, ce sujet interroge nos pratiques. Il met surtout en opposition le travail de fond et les grandes promesses. La réalité, un peu inconfortable pour ceux qui vendent des recettes miracles, c’est qu’il existe finalement très peu de techniques réellement nouvelles en dehors des fondamentaux d’un bon référencement. 

Ce qu’il faut surtout ajuster, c’est l’approche stratégique : prioriser différemment les sujets, orienter les contenus pour être mieux compris, mieux cités et mieux repris, et accorder davantage d’importance à certaines optimisations SEO déjà connues. Les véritables nouveautés restent encore limitées, parfois même en bêta ou en alpha test, comme certaines initiatives autour de llms.txt. 

Voici ce qui fait la différence aujourd’hui :

  • Un contenu pertinent : des textes clairs qui répondent aux vraies questions des utilisateurs.
  • Une technique irréprochable : un site bien construit et facilement exploré par Google.
  • Une réputation solide : une notoriété et une crédibilité bâties sur la durée.

Rand Fishkin, fondateur de Moz et grand nom du référencement, le dit très simplement :

« La meilleure façon de vendre quelque chose, c’est de ne rien vendre du tout. Il faut gagner la notoriété, le respect et la confiance de ceux qui pourraient acheter. »

Dit autrement, aucun outil à la mode ni score magique ne remplacera ce travail de fond. C’est précisément là que nous intervenons : notre rôle d’agence est d’investir le budget du client dans des actions concrètes, pas dans des rapports théoriques inutiles.

Les mauvais conseils coûtent cher, peu importe l’étiquette qu’on leur donne :

  • Cas n°1 : Une entreprise voulait payer un “audit GEO” alors que son site n’apparaissait même pas sur Google. Problème : si les moteurs de recherche ne vous trouvent pas, les IA ne vous trouveront pas non plus. Un bon SEO reste la condition essentielle.

  • Cas n°2 : Une marque s’est vue conseiller de copier des dizaines de pages identiques en changeant juste la ville. Une stratégie dépassée qui n’apporte aucune valeur.

GEO ou SEO, la règle ne change pas : un mauvais conseil reste un mauvais conseil. Et ce sont toujours les entreprises mal informées qui en paient le prix.

Ce que nous vous recommandons aujourd’hui

Notre conseil est simple. Tant que la grande majorité des recherches se fait encore sur Google, il nous semble plus stratégique de consolider d’abord les fondations SEO, tout en intégrant progressivement les leviers liés aux mentions sur ChatGPT, Perplexity et les autres moteurs IA. Gardez un œil sur votre présence dans les réponses des IA, car c’est un signal utile et facile à suivre, mais sans en faire une obsession. 

En bout de ligne, la vraie question est de savoir quel profil d’investisseur vous voulez adopter : une approche protectrice, fondée sur des pratiques éprouvées et des bénéfices de long terme, ou une approche plus offensive, avec plus de risques, pour tester des signaux GEO plus récents et saisir de possibles quick wins. 

La décision dépend aussi des données sur lesquelles on souhaite s’appuyer : les données SEO historiques, solides et qualitatives, ou les signaux plus dynamiques liés à la citabilité et à la présence de marque dans les réponses génératives. Cherche-t-on à générer des clics ou des impressions ? À capter du trafic ou à renforcer la présence de la marque ? 

Dans tous les cas, un mandat d’optimisation de site web reste la base la plus sécuritaire, car la qualité, la structure et la clarté du contenu servent à la fois le SEO et le GEO. Concentrez vos efforts là où ils rapportent vraiment : un contenu clair, une vraie expertise publiée sur votre site, et une bonne réputation en ligne. Les IA vont continuer d’évoluer et les outils de mesure vont s’améliorer. En attendant, la meilleure façon d’être visible dans l’IA reste tout simplement un excellent référencement.

 

Quand Wikipédia est arrivé en 2001, on ne nous a pas empêchés de l’utiliser. On nous a surtout appris à l’utiliser avec discernement : vérifier les sources, croiser les informations, comprendre les limites de l’outil et garder un regard critique. C’est une logique qui me semble encore très valable aujourd’hui, notamment avec le GEO et l’évolution de la recherche portée par l’IA.

Notre rôle est d'anticiper ces innovations qui redéfinissent la visibilité, mais l’expérience nous apprend à ne pas confondre nouveauté et priorité stratégique. Être innovant ne signifie pas courir après chaque signal, mais savoir lesquels tester, mesurer et expliquer avec justesse à nos clients. Le GEO est une évolution passionnante du SEO : abordons-la avec curiosité et lucidité, sans emballement mais sans immobilisme.

Rolan Merelle
Auteur de cet article et directeur Marketing SEO chez Dialekta

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